On ne choisit pas son nom. On ne choisit pas son nom parce que, bien évidemment, notre patronyme est déterminé avant que notre raison ou notre parole ne soient nôtres. On ne choisit pas son nom parce qu’en venant au Monde, on appartient à ses parents avant de s’appartenir à soi. Nos parents sont alors nos dieux, ils nous ont créé et nous façonnent à leurs images ou selon leurs rêves, de façon bienveillante, maladroite ou malsaine, en fonction de leur expérience de vie et de leurs propres dieux. Il deviennent ensuite nos rois et nos guides qui nous inculquent les règles et la foi de leur Royaume et du Monde sociétal dans lequel il s’inscrit. On ne choisit pas son nom, ni ses premiers dieux, ni leur monde. Ces dieux sont protecteurs quand ils enseignent les dangers réels et qu’ils renoncent à nous protéger de leurs propres peurs. Alors, sans renier nos croyances, nous en sommes libérer et nous créons nos propres mondes, nos religions individuelles de vie qui devraient toutes être distinctes pour nous ressembler vraiment. On devient un peu soi-même, mais on garde son nom.

Il y a bien longtemps que je me suis émancipé du monde précédent. J’ai créé mon Monde, ou plusieurs mondes parallèles devrais-je dire, et j’ai appris à voyager d’un monde à l’autre avec aisance, au titre de la liberté, nouvelle déesse que j’ai vénérée jusqu’à en être dépendant. Troublant paradoxe et saine addiction jusqu'aux conséquences qui m’ont conduit à devoir me libérer de moi-même, unique dénominateur commun à ces mondes d’apparences et de vérités.

Aujourd’hui, grâce à ma renaissance africaine, je ne cherche plus à construite ou à reconstruire quoi que ce soit; je n’ambitionne aucun nouveau monde et j’essaie d’accepter LE Monde et d’en être accepter en retour, le cas échéant. On ne choisit pas le Monde, pour autant on peut en avoir une perception nouvelle. On ne choisit pas son nom cependant on peut être appelé différemment. Au Mali, quand un étranger prend le temps de vivre et d’échanger avec les maliens, il lui est attribué un nom local. On lui donne celui d’une tribue ou d'une famille rivale ou amie, puissante ou modeste, afin de s’amuser, de se rapprocher. On lui choisit un nom. Encore. De mon côté, j’ai voulu anticiper, par amusement et par philosophie, cet épisode sympathique auquel je serais confronter tôt ou tard à force de promenade en recherche d’authenticité et de palabres spontanées. Alors, j'ai choisi  mon nom. Non comme une déclaration d’ indépendance, ni par reflexe d'orgueil. Non pas par défi ou par contradiction. Mais pour décider seul du nom qui me sied ; je n’aurais pas un nom en souvenir de quelque chose, mais en attente d'un devenir, ici, au gré de mes rencontres et avec l’espoir de m’y trouver aussi. Cette fois donc, on a pas choisi mon nom. Depuis quelques jours, en plus du nom originel qui me présente, j’énonce à celui qui le demande le nom qui me définit. Aux expressions amusées et fascinées des maliens que je croise, on devine que ce nom me ressemble.

On ne choisit pas son nom. On nous choisit ce nom parce qu’on identifie trop tôt, à notre place, ce que l’on aimerait que l’on soit. Dorénavant mon nom est ce que je suis : Wara yélé bali.

wara