Dimanche. Premier jour d’Avril. Je me promène sur les bords du Niger pour balader mon quotidien vers des tableaux toujours plus simples et plus beaux. Je vole des tranches de vie au hasard des gens que je croise et des enfants qui jouent, remplissant ainsi la mienne et trompant l’ennui. Car, le miracle de la Terre d’Afrique se poursuit, et j’oublie le temps de mes escapades que je suis un fugitif. Mes pensées et mes fardeaux disparaissent dans les méandres du fleuve, et chaque îlot que j’observe m’offre une seconde de répit sur les minutes de ma destiné.

Tout près de l’eau, je contemple quelques pêcheurs assis au bout de leurs cannes et ne brisant le silence que pour partager ensemble ce moment ou accueillir le dernier venu. Les hameçons voltigent dans le ciel avant de s'immerger, à quelques mètres à peine de la berge. Je suis assis non loin de là. Leurs filets témoignent d’un ou deux menus succès tout au plus sans noble capitaine ni autre poisson quelconque. Pendant qu’ils pêchent de nouveaux souvenirs, je m'efforce de chasser les miens. Posé sur un muret, je scrute le fleuve en cinemascope. Le spectacle est reposant pour l'esprit.

Sans bruit, une pirogue apparaît dans le champ de vision général. Un père et son fils pêchent au filet. L’homme déploie patiemment, méticuleusement son filet aux mailles fines dans l’espoir d’y piéger les poissons que les femmes pourront vendre dans le village des pêcheurs ou sur le bord des routes. Le jeune garçon manie la pagaie avec douceur. L’allure est maîtrisée. La trajectoire est rectiligne. Si un accroc ralentie la desserte du filet, alors il ne pagaye plus, sans faire de vague. Bien que leurs gestes parfaitement synchrones semblent au ralenti, ils s’éloignent en quelques minutes seuleument comme s’ils n’avaient été qu’une construction onirique. Mais j’aperçois encore l’embarcation. L'apprenti gondolier a laissé sa pagaie et, calmement, avec rythme, il écope l’eau qui pénètre et s’insinue dans la longue et fine barque presque étanche.

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Je tourne la tête. Le temps de m’intéresser aux pêcheurs à la ligne qui préfèrent manifestement la beauté du geste à la consistence de la prise, et voilà que la pirogue s’est évanouie derrière une île cultivée.

Après un long moment de quiétude à regarder l’horizon, je me décide à rentrer. Je traverse le modeste village de pêcheurs et même ici, le poisson n’est pas là où on l’attend. L’activité est au ralenti. Pas d’homme qui refait les mailles de son filet, ni de femme qui découpe ou fume le poisson. Une centaine de mètres plus loin, j’en comprends la raison. À l’extrémité du village, une bâche bleue est tirée d’un côté à l’autre de la rue. Il s’échappe du chapiteau de fortune une musique festive qui fait danser les corps et bouger les têtes. C’est dimanche à Bamako, jour de mariage.