lettres à Harry et Maëlle

06 novembre 2018

parrain du val

 

Dans un trou de verdure où chante une rivière,
S'éteignent onze bougies incandescentes.
La fumée s'envole et la voilà si fière :
La petite fille astrale devient adolescente.

Un vieux soldat, lui, retourne vers l'Afrique,
Pour brûler au soleil sa mémoire décennale.
Il la ravive pourtant lors de voyages oniriques
Lorsqu'il s'endort sur la flanc, le parrain du val.

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Parrain du val

Dans un trou de verdure où chante une rivière, 

S'éteignent onze bougies incandescentes;
La fumée s'envole et la voilà si fière :
La petite fille astrale devient adolescente.

Un vieux soldat, lui, retourne vers l'Afrique,
Pour brûler au soleil sa mémoire décennale.
Il la ravive pourtant lors de voyages oniriques
Lorsqu'il s'endort sur la flanc, le parrain du val.

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24 juin 2018

Épisode 11 : Orage funèbre

Dehors, les arbres dansent au rythme soutenu imposé par ce vent venu de nulle part. En une fraction de seconde, la lumière du soleil qui m’avait sorti du sommeil a été engloutie avec l’arrivée d’un orage inattendu. Les particules de sable sont propulsées en l’air, brouillant le ciel et l’assombrissant de nouveau. De hauts nuages gris ont bénéficié de ces conditions favorablement chaotiques pour s’installer au dessus de la ville, comme une armée qui aurait profité de la nuit pour s’installer aux portes de la cité avant de l’assaillir. Après quelques gouttes précurseures, la pluie a envahie l’espace. Elle frappe violemment les vitres de la maison et inonde les terrasses et jardins. Dans la rue, la terre se transforme en ruisseau épais et rouge. Le tonnerre gronde. Il annonce que l’orage se prépare à muer en tempête. Voilà la vraie richesse de Bamako. Cette saison où les pluies lourdes déforment les routes et nourrissent les cultures agricoles et consacrent le manguier, l’arbre roi. Lui qui, aux heures les plus chaudes, protège par son ombre généreuse et nourrit de son fruit sucré.

La pluie a diminué d’intensité. L’intervalle entre le tonnerre et les éclairs s’agrandit. L’orage s’éloigne du quartier mais maintient la ville sous son joug. N’aurais-je pu être un arbre ou un simple caillou pour être moi aussi rincé par cette eau céleste et ressortir lavé de tout ? Quand bien même cette douche purificatrice traverserait mon épiderme et toutes les couches successives de ma peau, qu’elle inonderait mes artères et se fraierait un chemin pour décrasser mon cœur, comment me libérerait-elle de mon égo qui se cache derrière son immatérialité ? Toi, mon égo. Que dirais-je si tu venais à disparaître ? Toi qui m’a aidé à devenir celui que je suis aujourd’hui, mais qui m’empêche désormais de passer à celui que je pourrais être… Sans doute que libérer de toi, j’écrirais une oraison à la fois simple et de courte. Il pleut toujours sur Bamako.

Merci de m’avoir donné la confiance en moi et l’estime de soi, ces armes indispensables lorsqu’on est différend face aux autres, hostiles. Toi qui m’a conduit à être le plus fort et le plus intelligent, dans cette compétition d’égo que d’aucuns nomment naïvement l’expérience de la vie. Tu m’as appris à marcher sur ce chemin qui nous fait avancer sans savoir où l’on va, et sans douter pour autant. Alors. Que pourrais-je te reprocher, si ce n’est de ne pas m’avoir laisser poursuivre ma route seul. De ne pas m’avoir lâché la main pour que je prenne le risque d’être simplement moi. Certes, j’ai progressé facilement sur cette voie malgré mon handicap initial, en me parant de toutes ces identités défensives. J’ai même, je crois, trouvé l’amour une fois. D’ailleurs, je reconnais enfin mon erreur de ne pas avoir su te quitter définitivement pour Elle à cet instant. Mais alors que j’étais suffisamment fort pour vivre sans toi, j’ai eu peur pour la première fois. J’avais besoin de toi pour ne pas la perdre. Qu’aurait-elle découvert en ton absence ? Simplement moi. Je l’ai perdue dès lors que j’ai eu peur de la perdre. Encore un peu lâche peut-être, c’est à toi que j’en fais porter la responsabilité. Et tes tentatives pour me faire croire que rien n’est jamais perdu m’ont maintenu dans l’illusion trop longtemps. La pluie ne s’arrête pas. Elle lave patiemment ces illusions et s’insinue dans le jour comme une réalité qu’il faut accepter. Cher égo. Merci d’avoir été là. Loin de moi, tu peux reposer en paix et disparaître sous la pluie.

écalir

 

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11 juin 2018

Lingerie

Qu'une boutique de lingerie apparaisse
Et je me perds dans les mailles d'une ex amourette.
Je m'inflige le souvenir de ses petites fesses,
Et des courbes insoupçonnées de son corps si svelte..

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03 juin 2018

Épisode 10 : le parc botanique

Quelques semaines à peine sans retourner vers elles et je me sens orphelin des collines qui entourent et protègent la ville. Comme pour remédier à cette carence filiale, cette longue journée de liberté m’offre une nouvelle occasion de les visiter et de les connaître davantage. Il est neuf heures. Le soleil impose déjà sa présence mais cela n’inquiète en rien mon organisme entraîné pour ce défi thermique. Avec toujours la même attention dans la tenue vestimentaire et la cargaison de mon sac, je pars en direction de la première colline de Sébénikoro, au nord-est de Bamako. Il ne faut que quelques minutes pour arriver au quartier du fleuve et atteindre le flanc de ce premier objectif rocheux. Je ne connaissais qu’un chemin jusqu’alors pour parvenir au pallier intermédiaire, quatre cents mètres plus haut, alors j’ai pris par la droite, assez tôt, afin de trouver une nouvelle voie. Il faut attentivement scruter la montagne pour trouver un passage accessible et viable. J’y parvient rapidement. À l’extrémité de la fracture verticale, un passage discret conduit au plateau où les femmes lavent habituellement leur linge, à proximité d’une petite source d’eau à l’ombre des manguiers. À cette heure-ci, il n’y a encore personne (...)

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31 mai 2018

barba mihi radi

SG

"Des fois j'aimerais que l'on me dise,

S'il est normal d'être seul.

Et d'autres où je réalise

que j'ai vraiment une sale gueule."

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21 mai 2018

chanson sans son

Juste un pas dans le vide pour un choc électrique,
on croit mourir et c’est alors qu’on vit.
mais malgré mes efforts jamais je panique
je convertis mes peurs en une pure énergie.

Je cours le risque qui deale son adrénaline,
je pars parfois si haut qu’il me faudrait des ailes.
Faut-il que chaque succès dissimule une mine
qui explose mon esprit dans son ennui mortel ?

Je cherche  le chemin des gens qui assassinent,
j’ai des envies de défis et de périlleux duels.
Mais le sors m’écarte toujours du danger qu’il dessine
et il ne reste que moi et mon ennui mortel.

Bien sur j’ai de la chance, je ne l’ai pas volée.
Tout le confort du monde et des proches qui m’aiment.
Je vis tant d’aventures que je ne peux plus compter,
mais mille solutions n’effacent pas un problème.

Je pense aux guerres, à toutes ces Palestine,
et je suis planté là. Où je ne sers à rien.
Y a-t-il une logique humaine , une volonté divine ?
Une erreur dans les rôles où je n’aurais pas le mien ?

Juste un pas dans le vide pour un choc électrique
on veut pouvoir mourir même si la vie est belle.
Le risque réel est dans l’attente d’une réplique,
de sa venue ou pas dépend l’ennui mortel.

sab1

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14 mai 2018

quatre mots

tatoo

De l’encre piquée sous les grains de ma peau

Et mes rêves profonds s’affichent et m’éveillent.

Plus qu’un dessin, moi j’ai choisi quatre mots,

Une phrase qui traduit mes envies de merveilles.

 

J’ouvre mon chemisier pourpre et t’invite au voyage,

Mon soutien-gorge brandi comme on agite un drapeau,

Tu admires sur mon flanc cet audacieux message

Et tes mains me capturent dans leur puissant étau.

 

Pourquoi cacherais-je, comme si ce fut un défaut,

Mon apparence physique et la beauté de mon corps ?

Devrais-je monter sur scène sans franchir le rideau

Ou assumer mes désirs qui pour moi valent de l’or ?

 

Séduire est un acte de foi et une fonction du cerveau,

Il faut vivre ses fantasmes en leur laissant libre cours,

Je suis fière d’être femme, et par monts et par vaux,

Être belle et brillante et dire « fais-moi l’amour ! »

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15 avril 2018

épisode 9 : Wara yélé bali

On ne choisit pas son nom. On ne choisit pas son nom parce que, bien évidemment, notre patronyme est déterminé avant que notre raison ou notre parole ne soient nôtres. On ne choisit pas son nom parce qu’en venant au Monde, on appartient à ses parents avant de s’appartenir à soi. Nos parents sont alors nos dieux, ils nous ont créé et nous façonnent à leurs images ou selon leurs rêves, de façon bienveillante, maladroite ou malsaine, en fonction de leur expérience de vie et de leurs propres dieux. Il deviennent ensuite nos rois et nos guides qui nous inculquent les règles et la foi de leur Royaume et du Monde sociétal dans lequel il s’inscrit. On ne choisit pas son nom, ni ses premiers dieux, ni leur monde. Ces dieux sont protecteurs quand ils enseignent les dangers réels et qu’ils renoncent à nous protéger de leurs propres peurs. Alors, sans renier nos croyances, nous en sommes libérer et nous créons nos propres mondes, nos religions individuelles de vie qui devraient toutes être distinctes pour nous ressembler vraiment. On devient un peu soi-même, mais on garde son nom.

Il y a bien longtemps que je me suis émancipé du monde précédent. J’ai créé mon Monde, ou plusieurs mondes parallèles devrais-je dire, et j’ai appris à voyager d’un monde à l’autre avec aisance, au titre de la liberté, nouvelle déesse que j’ai vénérée jusqu’à en être dépendant. Troublant paradoxe et saine addiction jusqu'aux conséquences qui m’ont conduit à devoir me libérer de moi-même, unique dénominateur commun à ces mondes d’apparences et de vérités.

Aujourd’hui, grâce à ma renaissance africaine, je ne cherche plus à construite ou à reconstruire quoi que ce soit; je n’ambitionne aucun nouveau monde et j’essaie d’accepter LE Monde et d’en être accepter en retour, le cas échéant. On ne choisit pas le Monde, pour autant on peut en avoir une perception nouvelle. On ne choisit pas son nom cependant on peut être appelé différemment. Au Mali, quand un étranger prend le temps de vivre et d’échanger avec les maliens, il lui est attribué un nom local. On lui donne celui d’une tribue ou d'une famille rivale ou amie, puissante ou modeste, afin de s’amuser, de se rapprocher. On lui choisit un nom. Encore. De mon côté, j’ai voulu anticiper, par amusement et par philosophie, cet épisode sympathique auquel je serais confronter tôt ou tard à force de promenade en recherche d’authenticité et de palabres spontanées. Alors, j'ai choisi  mon nom. Non comme une déclaration d’ indépendance, ni par reflexe d'orgueil. Non pas par défi ou par contradiction. Mais pour décider seul du nom qui me sied ; je n’aurais pas un nom en souvenir de quelque chose, mais en attente d'un devenir, ici, au gré de mes rencontres et avec l’espoir de m’y trouver aussi. Cette fois donc, on a pas choisi mon nom. Depuis quelques jours, en plus du nom originel qui me présente, j’énonce à celui qui le demande le nom qui me définit. Aux expressions amusées et fascinées des maliens que je croise, on devine que ce nom me ressemble.

On ne choisit pas son nom. On nous choisit ce nom parce qu’on identifie trop tôt, à notre place, ce que l’on aimerait que l’on soit. Dorénavant mon nom est ce que je suis : Wara yélé bali.

wara

 

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08 avril 2018

épisode 8 : jour de marché

b

Entre l’Assemblée nationale et la grande Mosquée de Bamako, dans le prolongement d’un parc de stationnement où l’on trouve de nouvelles places alors même que l’endroit est envahi, commence le marché de l’artisanat. En revanche, je ne saurais dire où il finit tant la foule agglutinée limite ma perception de ce nouvel environnement saturé à deux dimensions seulement. Il faut une certaine concentration pour différencier les ruelles, tellement la physionomie du marché change au gré du flux des marcheurs en visite et des marchands en relais. L’anarchie des stands a été optimisée en un bazar organisé ; les étals se multiplient spontanément au cœur du quartier de Bakadadji et envahissent les bâtiment inachevés ou abandonnés. Ils reposent les uns sur les autres et on ne sait où termine un stand et où débute le suivant.

Ce ne sont pourtant pas les marchandises qui ont attiré mon regard en premier lieu mais les paires de ces enfants-miroirs assis ostensiblement près des passages obligés. Au Mali, la croyance conduit les parents de jumeaux à les promener dès la naissance dans les lieux publics; ils réclament de l’argent aux passants qui se fendent avec plaisir d’une donation coutumière en échange d’une bénédiction convenue. Les riches familles se prêtent également à ce rituel qui a pour but de prévenir la santé de la naissance gémellaire. Comme beaucoup d’autres croyances, celle-ci aussi est devenue une opportunité commerciale, au point où on ne saurait assurer si les jumeaux devenus enfants sont en compagnie de leurs parents véritables ou s’ils ont été loués pour exploiter cette faible probabilité de double fécondation aux dépends des observateurs crédules. Face à l’entrée de la Grande Mosquée, partageant cet emplacement propice avec ces couples de frères et sœurs, quelques mendiants infirmes occupent l’espace en s’appliquant dans l’affichage de leur handicap pour revendiquer quelques pièces. Postés devant les colonnes du principal lieu de prière de la Capitale, il n’y aurait de meilleurs endroit pour rappeler aux bons musulmans de passage le cinquième pilier de l’Islam.

Me voilà face à ce raz de stands, mêlant tradition, consommation moderne et sorcellerie. Des animaux desséchés partageant les planches avec des squelettes, des peaux amidonnées et toutes sortes de poudres. Des fioles contenant des liquides aux couleurs incertaines feront le bonheur des marabouts en quête de produits magiques indispensables. Telle est la vision que je me fais de ces premiers mètres. Juste à côté, on trouve des piles électriques, des gadgets inutiles, des jouets recyclés, des montres ou tout autre objet en plastique. La sorcellerie et la consommation invoquent ensemble les anges sombrent qui sauvent ou détruisent les âmes. Je laisse rapidement ces stands mobiles pour me rendre vers l’intérieur du dédale et ses cellules sous arcades. Le marché est semblable à un oignon, et je traverse ses couches pour me rendre en son centre où l’artisanat véritable est le soleil de ce système. Autour de ce centre invisible gravitent non pas quatre planètes mais quatre univers. Le textile, le bois, le cuir et le métal coexistent sans rivalité. Et, dans chaque univers, les ateliers jouxtent les boutiques quand ils ne se confondent pas. Tantôt l’artisan et le vendeur, tantôt l’artisan est le vendeur. Tout se mélange, tout fusionne ou s’inverse. L’univers devient l’atome quand l’immense marché se résume à cette molécule quadri-partite composée de coton, d’ébène, de cuir et d’argent. Comme un électron libre, je gravite dans les couches multiples de cette molécule. Comme l’électron à la charge négative, je suis attiré par la positivité de l’endroit, jusqu’à l’équilibre.

Textile. Le coton constitue la principale exportation du pays. Cultivé ou à l’état sauvage, il est l’or blanc et la principale arme de séduction massive des tisserants. Dans leurs ateliers, les vêtements ordinaires et les tenues de fêtes sont confectionnés à la machine ou à la main, selon la finition attendue. L’histoire qui se tisse patiemment derrière ces murs. Le résultat est parfois grossier mais inspire toujours la joie et renferme sans doute les trésors de l’âme. Je préfère de loin cette approximation chaleureuses aux étoffes luxueuses en bazin qui fait pourtant la fierté du pays alors même que la transformation se fait loin de la terre malienne. Le bazin aux couleurs vives et à la finition amidonnée constitue pourtant la tenue d’apparat des chefs d’États et des riches notables. Faut-il toujours s’éloigner de soi et de ses racines pour se rapprocher du pouvoir ? Pour mon grand plaisir, ici, le bazin a peu sa place. Le coton originel est roi.

Cuir. Je vois des fragments de douceur ocre. Je regarde des morceaux de parures animales aux reflets ambrés. Parfois des carcasses entières, comme ce crocodile si fraîchement dépecé qu’il semble encore vivant. Le témoignage de ce crime vraisemblable est aussi terrible que magnifique. Sa peau encore humide et épaisse brille au soleil et toutes ses teintes froides sont autant de mystères volés au fleuve qui traverse la ville. Cet univers du cuir m’apparaît plus discret. Les tanneurs y sont rares mais on découvre ici ou là, si l’on y fait attention, quelques manœuvres qui répètent inlassablement les mêmes gestes ; il y a ce jeune homme découpant le cuir en lanières pour confectionner des sandalettes d’enfants à la chaîne avec de la colle qu’il prend soin de ne pas gaspiller. Devant cette dextérité et la précision de son geste, je lui confie ma casquette qui porte les stigmates de petites guerres et de grandes aventures. Je suis assis face à lui, sans parler, tandis qu’il opère sa réparation chirurgicale. Pour finir, il me propose de choisir une couleur de cuir pour parfaire son travail mais je trouve le travail déjà expert. Des lambeaux de tissus kaki, il ne reste plus qu’une cicatrice volontaire, sur ma fidèle coiffe pour marquer à la colle ce nouvel épisode de ma vie.

Métal. Le plus précieux et le plus convoité des métaux est extrait en masse du fleuve généreux. Quelques semaines plus tôt, alors que je reconnaissais les abords du Niger à des dizaines de kilomètres au sud de la Capitale, je découvrais les orpailleurs clandestins et les exploitations intensives, chassant au passage les paisibles mais dangereux pachydermes que je venais observer. Seau après seau, les femmes passaient l’eau sablonneuse à travers leurs tamis sommaires dans l’espoir d’y découvrir de la poussière dorée. Mais pour le rêve d’un gramme de poudre précieuse, elles charriaient à la force de leurs mains des centaines de kilogrammes de sable. Ici et là, les groupes électrogènes des hommes regroupés en corporation filtraient l’eau du cours d’eau , dans son lit, dans un bruit assourdissant. Plus loin, une immense construction en bois, semblable à une usine sur deux niveaux avalait chaque seconde des milliers de litres d’eau détournés du fleuve et les recrachait à travers ses filtres industriels. Pour quelques grammes d’or qui pourraient changer le cours de sa vie, l’homme changeait jour après jour le cours du Niger à la saison sèche. Mais ici, sur le marché de l’artisanat, l’or est absent ; il se réserve pour les bijouteries des quartiers riches et l’exportation. Le cuivre, le nickel, la pierre noire et l’argent constituent la matière première transformée sous les yeux du visiteurs. Assis à même le sol avec un chalumeau à gaz ou debout derrière une petite forge ingénieuse, les ferronniers d’art chauffent, affinent et modèlent le métal au gré des commandes. Leurs outils sont rudimentaires mais d’une précision incroyable. Marteau, enclume ou grosse pierre, pince, lime et papier de verre ou de polissage suffisent à faire d’une simple tige de nickel un authentique bijou d’inspiration locale ou une bluffante copie de créations existantes. Originales ou reproductions, les créations des bijoutiers du marché ne semblent pas avoir de limite. Peut-être une : le temps que le visiteur leur accorde pour être séduit.

forge

Bois. Je finis ma progression vers le cœur véritable du marché. Ici se trouve, le symbole du savoir faire des artisans. D’ailleurs, ici l’art remplace l’artisanat. Car chaque pièce est unique, même dupliquée par dizaine. Les petites pièces d’exposition et de vente se succèdent dans le premier disque circonscrit par un couloir circulaire ; il est envahi de sculptures souvent plus grandes que moi, et qui prennent vie lorsqu’on les regarde avec insistance. Résistant à toutes les sollicitations des vendeurs aux phrases d’accroche rodées aux toubabous, je pénètre finalement dans une échoppe de deux mètres sur trois, réduit à une surface utile d’un mètre carré tant la surface d’exposition a dévoré l’espace. Des sculptures aux mille formes subliment l’ébène. Car ce matériau noir et noble impose sa majesté aux rares statues en bois rouge, pourtant très belles. La pièce est étroite mais les œuvres ne sont disposées au hasard. Au centre, le Ciwara [tchiwara] occupe la place d’honneur. Des ciwaras de toutes tailles, qui symbolise le lion au travail dans les champs rappelle l’importance de l’agriculture qui nourrit toute la population du pays du nord au sud du pays, de l’est à l’ouest, à une distance toujours vitale du Fleuve bienveillant. Les ciwaras diffèrent selon les régions, qu’ils viennent de Kayes ou de Mopti, de Tombouctou à Gao. Ces têtes de grands cervidés du désert reposent sur un corps et un piédestal. Ils constituent généralement des paires sexués représentant le couple ou la famille. De part et d’autres de ces symboles nationaux, deux armoires débordent d’animaux d’ébènes. Des lions, des crocodiles, des éléphants, des hippopotames et toute une jungle de bêtes ressemblantes ou caricaturales. Et, si l’on vient pour s’émerveiller des ciwaras et que l’on ne résiste pas à l’envie de ramener des animaux d’Afrique, on reste subjugué devant la collection de masques accrochés en haut des murs. Chaque masque a une symbolique, une origine et une histoire intrinsèque. Ici, comme dans tous les autres univers du marché où je me promène sans notion du temps qui passe, dans leur finition à la fois brute et précise, ces têtes mi-humaines, mi-animales marient à nouveau l’existence mystique et le besoin de consommation.

bois

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